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La sobriété...

Chapeau : Le Pacte civique, c'est quatre valeurs dont la sobriété
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Billet :


Il y a plusieurs manières de faire face aux crises que traverse notre société. Au repli et au désenchantement, nous choisissons résolument l’audace. L’audace pour faire preuve de créativité, d’innovation dans la recherche de solutions. L’audace pour préférer une sobriété choisie à une austérité qui nous serait imposée. L’audace pour bâtir une société de justice. L’audace enfin, pour dépasser les tensions, refuser la violence, faire preuve de Fraternité. 

Sobriété


Surproduction, chômage de masse, surconsommation de notre espace vital et des ressources de notre planète, déficit sans cesse aggravé de nos finances publiques : si rien n’est fait, nous laisserons à nos enfants et nos petits enfants une société lourdement endettée. Une dette sociale, une dette écologique, une dette financière qui toutes ensemble contraindront leurs choix, entraveront leur liberté. 


Plutôt que produire plus pour consommer plus, plutôt que se résigner à un chômage de masse, plutôt que de poursuivre la spirale infernale d’une consommation effrénée de nos ressources, nous choisissons l’audace de la sobriété.  Une sobriété qui nous conduit à nous interroger sur la réalité de nos besoins individuels et collectifs, à repenser le modèle de développement et de croissance que nous privilégions, pour éviter une surconsommation source de gaspillages. Une sobriété qui nous amène à repenser nos choix énergétiques pour limiter le réchauffement climatique, protéger notre environnement et notre planète.  

Sobriété enfin dans nos dépenses publiques. Oui, nous sommes convaincus qu’il faut avoir l’audace de redéfinir le bien commun, de repenser notre Etat, les services que celui-ci apporte à la collectivité, leur répartition pour assurer un égal accès de tous aux services publics, en particulier aux plus démunis.

Oui, nous choisissons l’audace de la sobriété ! Parce que nous avons la certitude que la sobriété choisie vaut mieux que l’austérité qui nous serait imposée tôt ou tard si nous n’y prenons garde.

Et parce que nous avons la conviction que le choix de la sobriété contribue au bien commun. Une sobriété sur laquelle s’appuie le Pacte Civique pour bâtir un futur désirable par tous. 


Plusieurs approches pour aborder la valeur sobriété


Dans ce court texte introductif à l’une des valeurs clés qui composent le Pacte Civique, la sobriété, nous proposerons trois approches -bibliographique, analogique et introductive à l’action- dont l’objectif est de nourrir nos réflexions, nos débats et nos mises en actes qui, nécessairement, s’en suivront.
 

Un essai de bibliographie

 Si la sobriété peut être définie comme « le choix de vivre mieux avec moins », nous disposons d’une abondante bibliographie, synthétisée ici autour de trois expressions :
- la simplicité volontaire ;
- l’abondance frugale ;
- la sobriété heureuse.
 
L’expression « simplicité volontaire »  fut créée par Richard Gregg en 1936. Mais il faut attendre 1973 pour qu’un premier ouvrage intitulé « voluntary simplicity » soit édité aux USA par Duane Elgin. Sous ces expressions, un grand nombre d’ouvrages fut publié durant la dernière décennie du XXème siècle et la première du XXIème, tant aux Etats Unis qu’en Europe.
« L’abondance frugale. Pour une nouvelle solidarité » publiée en 2010 par Jean-Baptiste de Foucauld  pendant la préparation du Pacte civique, appelle à sortir des crises concomitantes actuelles en alliant un nouveau développement et une solidarité, vision élargie des besoins humains. L’auteur propose sa concrétisation par un pacte sociétal de solidarité. 
Dans son ouvrage « Vers la sobriété heureuse » Pierre Rabhi en 2011, en propose une approche portée par sa propre expérience de vie : « Il m’a toujours été difficile de définir, de décrire la sobriété telle que je la ressens depuis de nombreuses années. En faire une option de vie est déjà beaucoup, mais cela est loin d’en révéler la subtilité. Elle peut être considérée comme une posture délibérée pour protester contre la société de surconsommation ».

Il convient enfin de citer l'ouvrage de Patrick Viveret, "Reconsidérer la richesse" (Editions de l'Aube, 2003), qui, remettant en cause la mesure par le PIB, propose d'utiliser d'autres indicateurs, reflétant mieux l'authentique création de richesse.


Ces approches croisent le concept de « décroissance », initié au début des années 1970 et dont Nicholas Georgescu-Roegen est considéré comme l’inventeur. Depuis cinquante ans, le mouvement a rallié à sa cause des auteurs prestigieux - André GorzThéodore Monod, Edgar Morin - et bien d’autres. Le mouvement de la décroissance s’exprime à travers des conférences internationales, une dizaine a eu lieu (la prochaine se tiendra en août 2018 à Mexico), des journaux, des revues, etc.

Alors que la simplicité volontaire et la décroissance ont longtemps été associées, la vigueur des débats sur la seconde a fait de celle-ci un terme « repoussoir » : « La sobriété, ça n'est pas la décroissance mais une autre forme de croissance » déclare Audrey Pulvar, nouvelle présidente de la Fondation pour la Nature et l'Homme (ex Fondation Nicolas Hulot) lors de sa prise de fonction en juillet 2017.
 

Une approche analogique

Nous avons souhaité confronter brièvement l’option individuelle et collective de la sobriété à une brève série, partielle et partiale, de postures :
 

  • Sobriété et luxe d’un choix de vie après avoir profité d’un modèle de société de production et de consommation de masse, au départ occidentale, devenu Modèle mondialisé ;
  • Sobriété et tension entre valeurs et actions, qui signe la difficulté humaine de mettre en actes un changement qui impacte son quotidien dans toutes ses dimensions et doit s’inscrire dans la durée ;
  • Sobriété et philosophie de la joie, comme expérience vécue à laquelle appelle Pierre Rabhi ; comme l’écrit le philosophe R. Misrahi dans son ouvrage « la Joie sera une intuition de plénitude -le sentiment d’être comblé- accompagnée de la sensation d’être en accord avec le sentiment d’être comblé » ;
  • Sobriété et usage des ressources qui prend en compte leur rareté et leur impossible renouvellement,  qui l’emporte sur la propriété des biens, qui en privilégie la seule utilisation avant de les transmettre à d’autres usagers ;
  • Sobriété et option toujours inscrite dans un espace géographique, qui ne peut se poser de la même façon, pour exemple, sur le continent africain et en Amérique du nord.

 
Enfin, que signifiera la sobriété dans un processus annoncé et déjà à l’œuvre, de péril climatique, de déclin des énergies fossiles, de crise financière systémique et de disparition de pans entiers de la biodiversité. On commence à parler d’effondrement. Pour confirmation, la disparition actuelle d’un tiers des oiseaux en France. L’ouvrage des scientifiques Pablo Servigne et Raphaël Stevens dresse pour le moins des scenarios inquiétants, les interviewers d’Audrey Pulvar y font référence.
 


Introduction à l’action, autour de l’abondance

Imaginer une mise en actes collective et généralisée de la sobriété nous amène à constater d’une part, une certaine faiblesse de la production d’ouvrages sur ce thème durant la seconde décennie des années 2000 et d’autre part, un saisissement par le monde associatif et des collectivités locales de ce thème. Les convaincus sont en action mais demeurent minoritaires…
 
Comment amener les citoyens moins informés et non volontaires à rejoindre la posture de sobriété, sans les culpabiliser ? A la lecture de la proposition de Jerry BROWN, actuel Gouverneur de la Californie « Vous ne mettez pas les gens en mouvement qu’en leur proposant une histoire dans laquelle ils reconnaissent leur monde », faut-il se demander si la sobriété fait sens pour les individus qui ont vécu (voulu ou cherché) les promesses de civilisation d’abondance ?
 
Le mythe des sociétés d’abondance est largement partagé, l’être humain serait né pour l’abondance et s’il ne l’a pas connu dans sa vie terrestre, il en bénéficiera après sa mort (Christianisme, Evangile de Jean Ch.10.10 et Islam, où le Paradis promis donne tout en abondance).
Dans ce mythe commun, cette promesse se poursuit actuellement dans de nombreuses démarches de développement personnel et de quêtes spirituelles, qui continuent à proposer de « vivre dans l’abondance ».
 
Comment faire entrer l’humain dans un cercle vertueux de respect des ressources ? Tous s’accordent à l’importance de retrouver le lien avec la nature. Tout ce qui concourt à ré-ancrer les humains dans leurs liens avec le vivant est indispensable, notamment en milieu urbain, surtout en milieu urbain.
 
On assiste à une forte demande de ce lien dans  la Permaculture, qui répond à cette attente en soignant les hommes et la terre, en promettant l’abondance. Mais, elle s’adresse à un public urbain CS+, chercheur de sens et conscient de l’impasse des modes de production actuels. Lorsque ces groupes mettent leurs actes en accord avec leurs choix longuement muris, ils pratiquent la sobriété.

Comment sortir la sobriété du cercle des citoyens conscients, voire engagés et amener le plus grand nombre à s’y adonner volontairement, au-delà de ce qui s’imposera à eux, comme l’annoncent les scientifiques du GIEC et les mouvements les plus informés ?

Un grand chantier d’information et d’éducation populaire est à ouvrir, nous y sommes tous appelés.





Valeur du pacte associée : Sobriété